Entrevue avec une pêcheuse professionnelle

REPÈRES ta carrière (Entrevues)
10 avril 2026
Exercer le métier de pêcheur professionnel, c’est vivre au rythme de la mer, dans des conditions exigeantes, où tout se joue en quelques semaines d’une intensité extrême. Aux Îles-de-la-Madeleine, cette réalité prend tout son sens dans le parcours de Marika Cyr, qui a choisi de revenir à la pêche au homard pour reprendre l’entreprise familiale et vivre pleinement un métier qui la passionne depuis l’enfance.

Exercer le métier de pêcheur professionnel, c’est vivre au rythme de la mer, dans des conditions exigeantes, où tout se joue en quelques semaines d’une intensité extrême. Aux Îles-de-la-Madeleine, cette réalité prend tout son sens dans le parcours de Marika Cyr, qui a choisi de revenir à la pêche au homard pour reprendre l’entreprise familiale et vivre pleinement un métier qui la passionne depuis l’enfance.

Marika Cyr
Pêcheuse professionnelle
Jérémie Cyr, capitaine-propriétaire
Question
Comment avez-vous choisi votre métier?
Réponse

J’ai un parcours assez atypique. Depuis toute petite, mon père m’amenait avec lui sur le bateau. Il aurait aimé avoir un garçon pour reprendre le métier, mais comme il a eu deux filles, c’est moi qu’il a initiée très tôt. J’avais à peine quatre ou cinq ans, et déjà, je me sentais bien sur l’eau. Je n’avais pas peur, j’aimais ça, j’avais vraiment l’impression d’être à ma place.

À l’adolescence, pour moi, c’était clair : je voulais devenir pêcheuse et éventuellement capitaine. En secondaire 5, j’ai même quitté l’école quelques semaines avant la fin pour faire la saison de pêche. Je suis revenue ensuite passer mes examens, j’ai obtenu mon diplôme, puis j’ai continué à travailler avec mon père.

Mais à un certain moment, quelque chose a changé. J’ai vécu une saison où je me questionnais beaucoup, où la passion était moins présente. Mon père m’a alors dit une phrase qui m’a marquée : « Si tu n’aimes pas ça à 150 %, fais-le pas. » En parallèle, toutes mes amies quittaient les Îles pour aller étudier. Ça m’a amenée à réfléchir, puis à faire le saut moi aussi.

Je suis partie à Québec, j’ai étudié en sciences humaines, puis j’ai commencé à travailler dans les écoles. C’est là que j’ai découvert une autre passion : intervenir auprès des enfants. J’ai poursuivi avec un baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et j’ai exercé pendant environ dix ans, dont plusieurs années dans le Nord.

Malgré tout, la mer n’a jamais cessé de m’habiter. Chaque printemps, je ressentais ce manque très fort. Quand mon père a commencé à penser à la retraite et que sa santé a changé, j’ai compris que je n’étais pas prête à laisser tomber ce qu’il avait construit. J’ai donc traversé le Canada pour revenir aux Îles… et aujourd’hui, je suis en train de reprendre ma place sur le bateau.

Question
Quelles sont vos tâches dans une journée type?
Réponse

Mes journées commencent très tôt, souvent vers trois heures du matin. Il fait encore nuit quand je me lève. J’arrive au quai avant tout le monde, j’ouvre les instruments, je démarre les systèmes électroniques et je prépare la journée. Comme je suis plus à l’aise avec la technologie, c’est moi qui m’occupe de toute cette partie-là.

Ensuite, on prépare les appâts, on organise les cages, on s’assure que tout est prêt avant de partir. Une fois en mer, le rythme devient très soutenu. On remonte nos lignes — 39 au total, pour environ 273 cages — et chaque geste est précis : vider, trier, mesurer, puis remettre à l’eau.

On doit respecter des règles très strictes pour protéger la ressource. Les homards trop petits retournent à l’eau, tout comme les femelles avec des œufs. Pendant que l’un trie, l’autre prépare déjà la suite. Il faut constamment anticiper, sinon on perd du temps.

En fin de journée, on revient au quai avec les prises dans un vivier d’eau de mer. Mais le travail ne s’arrête pas là : nettoyage du bateau, préparation du lendemain, vérification de l’équipement. Ce sont des journées longues, surtout en début de saison, mais avec le temps, un rythme s’installe.

Question
Quel est votre parcours de formation?
Réponse

Au départ, je ne me suis pas formée en pêche. Mon parcours est plutôt passé par l’enseignement. J’ai fait un baccalauréat en adaptation scolaire et sociale, puis j’ai travaillé pendant une dizaine d’années dans ce domaine.

Aujourd’hui, en revenant vers la pêche, je réalise qu’il existe des formations complémentaires qui peuvent être très utiles. Par exemple, la certification de classe 4 en navigation permet d’acquérir des compétences en sécurité, en communication radio et en réglementation maritime.

Même si ce n’est pas obligatoire pour exercer, ce sont des connaissances précieuses, surtout si je veux évoluer comme capitaine et éventuellement développer davantage l’entreprise.

Question
Qu’est-ce que vous aimez le plus de votre métier?
Réponse

Ce que j’aime le plus, c’est le lien direct avec la nature. Être sur l’eau, voir le soleil se lever, ressentir le rythme des saisons… c’est difficile à expliquer, mais c’est très puissant.

Il y a aussi un grand sentiment de liberté. Quand je suis à la barre du bateau, je me sens autonome. Je prends des décisions, je navigue, je gère mon environnement. C’est un sentiment très fort.

Et évidemment, il y a tout l’aspect humain. Être avec mon père, apprendre de lui, reprendre ce qu’il a bâti… c’est quelque chose de très précieux pour moi.

Question
Qu’est-ce que vous aimez le moins?
Réponse

C’est un métier extrêmement exigeant physiquement. On travaille de longues heures, souvent dans des conditions difficiles : le froid, le vent, la pluie. Il n’y a pratiquement pas de pause pendant la saison.

La fatigue s’accumule rapidement, et le corps finit par la ressentir. J’ai déjà eu des blessures, comme des tendinites et des douleurs aux cervicales, ce qui m’a fait réaliser l’importance de respecter ses limites.

Il y a aussi un aspect compétitif assez présent. Comme il n’y a pas de quota, chacun essaie d’en attraper le plus possible. Ça crée parfois une pression.

Et comme femme dans un milieu majoritairement masculin, je sens que je dois parfois faire mes preuves davantage. Mais en même temps, ça devient une motivation.

Question
Une chose méconnue de votre métier?
Réponse

Les gens sous-estiment beaucoup l’intensité du métier. Ce n’est pas du tout comme pêcher pour le loisir. On travaille sur l’océan, dans des conditions exigeantes, avec un rythme très soutenu.

Ce que les gens ignorent souvent aussi, c’est l’aspect financier. C’est un des rares métiers où on part travailler sans savoir exactement combien on va gagner. Le prix du homard n’est pas fixé à l’avance : il est établi chaque semaine et annoncé le lundi suivant la semaine de pêche. Il peut donc varier d’une semaine à l’autre selon l'offre et la demande du marché.

En moyenne, un capitaine peut rapporter autour de 50 000 livres de homard par saison, avec un prix qui varie souvent entre 8 et 9 dollars la livre. Ça peut représenter des revenus importants, mais il faut aussi considérer les dépenses majeures : permis pouvant dépasser 1,5 million de dollars, bateau, carburant, appâts, entretien et salaires.

Question
Est-ce que la pêche exige des capacités particulières?
Réponse

Oui, énormément. D’abord, il faut une grande endurance physique. Les journées peuvent durer entre 10 et 14 heures, et le travail est répétitif et exigeant.

Mentalement, il faut aussi être très adaptable. La mer change constamment, et il faut être capable de prendre des décisions rapidement, même dans des conditions difficiles.

La débrouillardise est essentielle. Sur un bateau, il faut voir les tâches à faire sans attendre les consignes. Et comme on travaille en équipe dans un espace restreint, la fiabilité et la collaboration sont indispensables.

Question
Quelles sont vos conditions de travail?
Réponse

La pêche au homard fonctionne selon un rythme très particulier. La saison est très courte — 54 jours seulement — mais extrêmement intense. Pendant cette période, on travaille presque tous les jours, avec des horaires qui commencent très tôt le matin et se terminent en fin de journée.

Toute l’année financière se joue dans ce laps de temps concentré. Il faut donc être performant et constant, malgré la fatigue et l’incertitude liée aux prix.

En dehors de la saison, le rythme ralentit complètement. On s’occupe de l’entretien du bateau, de la préparation du matériel et des réparations. Cela permet une plus grande flexibilité et un meilleur équilibre de vie.

Question
Constatez-vous une évolution du métier?
Réponse

Oui, la technologie a énormément transformé le métier. Aujourd’hui, on utilise des outils de cartographie avancés qui permettent de visualiser le fond marin en détail.

Les bateaux sont aussi plus performants, plus rapides et mieux équipés. Cela permet d’optimiser le travail et de gagner en efficacité.

Cependant, je remarque que cette évolution change aussi la façon de travailler. Certains se fient beaucoup aux technologies, alors qu’avant, les pêcheurs développaient davantage leur instinct.

Selon moi, l’idéal, c’est de trouver un équilibre entre les deux : utiliser les outils modernes, sans perdre le savoir-faire traditionnel.

Question
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un attiré par ce métier?
Réponse

Je dirais d’abord de se poser une question essentielle : « Est-ce que tu aimes vraiment ça? » Parce que c’est un métier exigeant, et il faut être passionné pour y rester.

Il faut aussi être prêt à travailler dans des conditions difficiles et à faire preuve de beaucoup de persévérance. La débrouillardise, l’initiative et l’engagement sont des qualités essentielles.

Pour ceux qui ne viennent pas du milieu, aller chercher une formation de base peut vraiment aider à mieux comprendre la réalité du métier.

Mais surtout, je dirais d’écouter son instinct. Si l’appel de la mer est là, c’est un métier qui peut être incroyablement riche et gratifiant, malgré les défis.

 

*** Des outils d'intelligence artificielle (IA), dans un environnement contrôlé et sécurisé, ont été utilisés pour soutenir la rédaction de ce contenu qui a toutefois été soigneusement retravaillé et certifié par l'Équipe Repères. ***

Équipe Repères